L'idée du cours, French Through Food: lire, écrire, et parler de la

nourriture, (sans boire ni manger), avec le but d'apprendre la culture

Française, cela ne semble pas si étrange quand on sait que les Français

font ces choses avec avidité, toujours et partout, pour le plaisir. Comme

Pierre Daninos l'a dit "Les Français ont une telle façon gourmande

d'évoquer la bonne chère qu'elle leur permet de faire entre les repas des

festins de paroles....Sur leurs lèvres, les seuls noms de Pommard ou de

Château-Margaux naissent si riches, si veloutés-comme déjà chambrés-qu'ils

vous livrent d'un coup les trésors fluides de la Bourgogne et les secrets

du cépage bordelais."

On connaît bien les mots de Brillat-Savarin (Physiologie du Goût) "Dis-moi

ce que tu manges et je te dirai ce que tu es", mais c'est seulement le

début de beaucoup de façons que la nourriture affecte la vie Française. En

effet, Brillat-Savarin a écrit dix-neuf autres aphorismes sur la nourriture

qui mènent le sujet plus loin, et je pense que le plus important est: "Le

Créateur, en obligeant l'homme à manger pour vivre, l'y invite par

l'appétit, et l'en récompense par le plaisir". Parce que pour les Français

ce n'est pas seulement ce qu'ils mangent qui est important, mais aussi

qu'ils mangent bien, avec bon appétit, confort, et plaisir.

Sur la couverture de la Physiologie du Goût, on lit que "le plaisir de la

table est comme une mise en scène: le luxe du désir". Si les psychologues

ont raison au sujet du désir sexuel, donc anticiper, penser, imaginer,

parler du sujet en avance enrichira le désir et le plaisir de l'occasion.

Pareillement, ils disent que se souvenir des autres belles occasions

réussies pendant le moment-même l'enrichira aussi. Vraiment le plaisir de

manger, les Français l'atteignent en perfection. La rhapsodie du garçon et

du sommelier, la lenteur du repas avec beaucoup de services,

l'anticipation, de l'entrée au dessert, toutes ces choses ajoutent au grand

plaisir d'un repas français. Et, en même temps, on peut régaler les

convives avec les descriptions d'autres grands repas. Par exemple, Daninos,

dans Les carnets du Major Thompson remarque "Au moment d'attaquer des

gnocchi alla roma, elle explique si bien comment elle les prépare à la

parisienne que je ne sais plus si je déjeune piazza Rusticucci ou place de

l'Alma". C'est en accord avec Jean-Robert Pitte qui, dans la Gastronomie

Française: Histoire et géographie d'une passion, dit que "La réussite d'un

moment gastronomique tient autant à l'appel de sensations déjà connues et

mémorisées, qu'à l'effet de surprise, à la nouveauté, à l'exotisme, tant

dans les matières premières que dans leur mise en oeuvre et dans

l'environnement". Cependant, combien de la valeur du repas serait perdue si

on ne parlait pas des grands chefs, de leurs oeuvres d'arts, de leur

équilibre entre la cuisine traditionelle et nouvelle, des grandes risques

pour trouver un mets nouveau sans égal? On a presque peur pour la réussite

du chef! Quel suspens, quel plaisir!

Pour produire le plus grand effet, pour rendre la pleine mesure de plaisir

d'un repas, il faut qu'on commence à anticiper bien en avance, comme les

Français le font. Si on fait la cuisine à la maison, il y a beaucoup

d'occasions pour l'anticipation. Dans Les Carnets du Major Thompson de

Daninos nous avons appris que les Français peuvent seulement recevoir des

invités pour un repas prévu de longue date, "jamais une maîtresse de maison

ne parviendrait chez nous à ce résultat sans un travail de plusieurs mois."

En attendant, la cuisinière peut laisser son imagination libre! Il faut

qu'elle considère bien le menu et fasse un bon assemblage de saveurs

harmonieuses et typiques de la meilleure cuisine Française (Colette,

Gastronomie). Aussi, comme le Major Thompson (Daninos) l'a découvert, en

France on réfléchit au calendrier gastronomique, parce que chaque

nourriture a sa place dans la saison, qu'on peut anticiper et se rappeler.

Il faut qu'on se souvienne de la meilleure saison des fruits, des légumes,

ou peut être des truffes, et du meilleur endroit pour faire le marché.

Quand on fait le marché, chaque magasin a des vitrines avec des étalages

élégants: un dessin de tas de fruits et de légumes, avec leurs couleurs,

leurs textures, comment ils réflechissent la lumière. Il faut que les

vendeurs mettent leur étalage en ordre pour tenter les clients, parce qu'en

France, on savoure presque les comestibles avec la vue. Pas seulement avec

la vue, mais on les savoure aussi avec le sens de l'odorat, du toucher et

de l'ouïe, ces derniers sens qui sont conservés fortement par la mémoire.

Les Français aspirent profondément en reniflant, et ils touchent les fruits

et les légumes, quelquefois les agitant et les frappant doucement tandis

qu'ils les écoutent soigneusement. Et bien sûr, il faut qu'on discute les

achats avec les vendeurs!

Tous les Français aiment parler de la nourriture et veulent partager leur

connaissance. L'interêt Français dans la nourriture est sans limites et

inépuisable comme le Major Thompson (Daninos) et Peter Mayle l'apprennent

en habitant en France. C'est possible que tous les Français soient

connaisseurs sur quelques sujets de l'alimentation. Mayle a trouvé que son

plâtrier était un connaisseur de truffes, le boucher était connaisseur de

pebronata (un mets Provençal) et auteur d'un livre sur ce sujet, et le

cireur de parquets et de tomettes connaissait beaucoup de restaurants de

trois étoiles dans le guide Michelin.

Même Tristan Vox (Tournier, Le Coq de Bruyère), le pathétique Tristan Vox,

parlait chaque soir avec savoir-faire et anticipation du repas du soir avec

sa femme "douce et plantureuse". Elle aussi, elle "était un fin cordon

bleu" et faisait "ce souper quotidien où les Robinet communiaient dans la

béatitude gastronomique, on pouvait regretter que personne n'en fût témoin,

car leurs mines gourmandes et attentries, lorsque le plat longuement

concocté déroulait ses effluves enivrants sous les nez, fournissaient

l'image même du bonheur et de la fidélité conjugale." Est-ce comme ça que

les Maigret, l'inspecteur et sa femme des livres de Simenon, mangent

ensemble? Maigret aussi téléphone à sa femme pour discuter du dîner. Et

Madame Maigret, elle fait un bon, et quelquefois réconfortant, repas. Il

faut, naturellement, qu'elle ajuste le menu aux circonstances du travail et

de la santé de Maigret, pour lui faire plaisir. Madame Maigret fait ces

accomodations juste comme il faut.

Et le malheur dans la vie conjugale? Il suffit de dire qu'on perd le

plaisir de manger, qu'il n'y a plus de joyeux repas. Dans le poème de

Jacques Prévert, Dejeuner du matin, où l'homme déjeune avec sa femme "sans

me parler, sans me regarder", c'est une catastrophe. Dans L'Autre Femme de

Colette, elle décrit un déjeuner entre des nouveaux mariés. En la présence

de l'épouse précédente, le repas perd son plaisir anticipé, et, à la fin,

"ils attendirent le café assez longtemps, en silence", et ça, pour les

Français, est un avant-goût de problèmes graves.

Les Français mangent en bonne camaraderie: avec les amis, avec la famille,

avec la personne aimée. Manger doit être une expérience intime. L'endroit

est très important; soit à la maison, au bistrot, dans un restaurant

élégant, il faut qu'on mange en confort pour prendre plaisir à son repas.

C'est ça que le rat des champs (La Fontaine) déclare quand il dit "C'est

assez,.. Demain vous viendrez chez moi. Ce n'est pas que je me pique de

tous vos festins de roi; mais rien ne vient m'interrompre: je mange tout à

loisir." On veut aussi une belle vue? Certainement, ils ont cherché une

belle vue dans l' histoire  de Marcel Pagnol, Cigalon, et celle de Guy de

"Maupassant,  Une partie de campagne. Nous lisons dans En plus du pain de

Jean Giono, qu'un homme sans maison, lui aussi a choisi une belle place

près de l'église pour son pauvre déjeuner et là, il réfléchissait

longuement aux montagnes et souhaitait "pouvoir regarder droit devant soi

et voir s'avancer celui ou celle.., posément et tranquille et s'entendre

dire 'Oui, je suis là, qu'est-ce que tu veux?' "

Et le malheur, il s'annonce pour les Français sous guise de parcimonie avec

les convives ou de manque de préparation du repas. Dans Les larmes de la

bougie, Georges Simenon nous donne une indication du malheur, même de la

méchanceté et de la perversité, de la maison où on lit que la tante "râle"

au diner et "il y a eu une seconde dispute parce que j'ai pris un fromage".

Dans Le Renard et la Cigogne de La Fontaine, le renard, qui vivait

"chichement", a fait pour son invité un régal "petit et sans beaucoup

d'apprêts." Mais à la fin il est honteux pour sa tromperie, parce que,

c'est presque une règle de l'hospitalité Française que "Celui qui reçoit

ses amis et ne donne aucun soin personnel au repas qui leur est préparé,

n'est pas digne d'avoir des amis" et "Convier quelqu'un, c'est se charger

de son bonheur pendant tout le temps qu'il est sous notre toit"

(Brillat-Savarin).

Les Français font la cuisine pas seulement pour les invités, mais aussi

pour eux-mêmes. Le père de famille dans Cigalon de Pagnol dit au chef avec

raison "si vous n'aimez pas la cuisine, vous n'êtes pas un cuisinier". Dans

les sélections de Mayle dans Une Année en Provence, on trouve que le

propriétaire d'un petit restaurant s'endette pour servir des truffes, et

pourquoi? Cela lui donne du plaisir. C'est aussi le thème du film, Le

festin de Babette. Babette veut cuisinier ce qu'elle aime, si seulement une

dernière fois, et en même temps veut donner du plaisir au petit village

Danois. C'est Colette qui dit dans Paysages et portraits que "On ne fait

bien que ce qu'on aime. Ni la science, ni la conscience ne modèlent un

grand cuisinier. De quoi sert l'application où il faut l'inspiration?"

Cependant, pour les Français un certain savoir-faire est nécessaire pour

faire la cuisine et aussi pour bien manger. Comme pour l'appéciation de la

musique ou de l'art, les Français croient qu'une appréciation du goût est

developpée et apprise, qu'on ne peut pas apprécier un grand vin, la bonne

chère, si on n'y est jamais exposé, si on ne fait jamais l'expérience de la

variété des goûts, des fines nuances du goût. Pitte dit "La gastronomie,

comme la mélomanie, est une forme d'esthétisme qui s'acquiert par la mise

en culture permanente et intensive des sens, au premier rang desquels, en

l'occurrence, le goût." Et pour la réponse, c'est Colette dans Prisons et

Paradis qui dit "J'ai été très bien élevée. Pour preuve première d'une

affirmation aussi catégorique, je dirai que je n'avais pas plus de trois

ans lorsque mon père me donna à boire un plein verre à liqueur d'un vin

mordoré, envoyé de son Midi natal: le muscat de Frontignan."

Oui, pour faire un connaisseur, il faut qu'on commence l'instruction très

jeune, et les Français le font, parce qu'ils croient, comme Brillat-Savarin

que "Le plaisir de la table est de tous les âges". Beaucoup d'aphorismes de

Brillat-Savarin sur le sujet de manger et de boire sont présagés dans les

comptines, les chansons et les contes pour les enfants (anonymes). On

apprend que "La terre nourrit tout, les sages et les fous", mots qui

paraphrasent bien le premier aphorisme de Brillat-Savarin, "L'Univers n'est

rien que par la vie, et tout ce qui vit se nourrit." On trouve aussi la

jouissance de la variété. Il y a peut être vingt sortes de sucreries dans

la chanson, Il était un'dame Tartine, des biscuits et des galettes.. aux

petits gâteaux et les raisins sec. Il y a d'autres poèmes où les enfants

chantent leurs choix, comme Pomme, poire, pêche, abricot et Les bonbons

avec la canelle, les confitures, et le chocolat. Comme Brillat-Savarin l'a

dit, "La gourmandise est un acte de notre jugement, par lequel nous

accordons la préférence aux choses qui sont agréables au goût sur celles

qui n'ont pas cette qualité". Et quant à la qualité, il y a le poème où

quelqu'un n'a rien mangé à la noce parce que "Les radis étaient trop

petits, Les haricots étaient tros gros, Le rôti n'était pas cuit, Le

fromage tout en nage". Aussi cet invité remarque que "Le café n'était pas

prêt!" Vraiment, les enfants de France s'accordent avec les mots de

Brillat-Savarin que "La qualité la plus indispensable du cuisinier est

l'exactitude: elle doit être aussi celle du convié".

Les Français, en accord avec mes idées du début du semestre, sont très

serieux et particuliers au sujet de leur nourriture. Ce n'est pas quelque

chose qu'ils prennent à la légère, pas du tout. J'aurais aussi dit que la

cuisine Française était mieux adaptée à l'époque des dentelles, des ruches,

et des perruques blanches et à ceux dont les moyens le permettent. Oui, je

pensais que la nourriture était très intéressante, savoureuse, et une

grande expérience, mais aussi trop riche, trop difficile, et trop chère

pour tous les jours et tout le monde. Ce n'était pas merveille pour moi que

les Français se tourmentaient à l'idée que McDonald allait balayer la

cuisine Française et une partie importante de la culture Française.

Maintenant, tandis que je pense que même en France les jeunes gens

n'abandonneront pas facilement les McDonald, le cours, French through Food,

me donne une meilleure compréhension de pourquoi les Français sont si

inquiets de cela. Il me semble que le fast food interférera inévitablement

avec l'instruction des jeunes dans beaucoup de caractères importants de la

bonne cuisine, de la bonne hospitalité, qui fait d'un repas un festin. À

McDonald, beaucoup de choses ne sont pas possibles. D'être sélectif et

spécifique avec la nourriture? D'avoir l'idée de la façon de préparer? De

jouir de la grande variété et des nuances du goût? D'anticiper le repas?

D'apprécier l'importance de l'ordre des services et de la qualité et

l'exactitude de présentation? De se souvenir des autres grands repas pour

enrichir l'expérience? Toutes ces choses sont une impossibilité à McDonald.

Je dérive ma conclusion de l'idée de Brillat-Savarin qui dit "La destinée

des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent." Il me semble

que les Français croient que la destinée de la nation dépend de la

préservation de la culture Française, la cuisine fait partie de cette culture

et dépend de la manière dont ils mangent. Cette dernière implique

que les jeunes gens apprennent à apprécier toutes les nuances de la

bonne cuisine, et cela ils ne peuvent pas le faire chez McDonald, donc, il

faut que McDonald s'en aille. C'est l'identité française qui est en

question! On n'a jamais dit que la logique des Français était simple.

Nancy Ostman

Les Références:

anonymes, Comptines et chansons

La Terre nourrit tout

J'étais à la noce

Il était un' dame Tartine

Les bonbons

Pomme, poire, pêche, abricot.

Gabriel Axel, Le festin du Babette, (le film).

Brillat-Savarin, Physiologie du Goût, présentation de Jean-François Revel.

Sidonie-Gabrielle Colette, Colette: Autobiographie Tirée des oeuvres de

Colette par Robert Phelps

"Vins" de Prisons et Paradis

"Truffes" de Paysages et portraits

"L'autre femme" de xxx

"La Gastronomie" de Paysages et portraits

"Gastronomie", Prisons et Paradis.

Pierre Daninos, Les carnets du Major Thompson

Le secret du Major Thompson.

Jean Giono, "En plus de pain" de Rondeurs des Jours.

La Fontaine, "Le Renard et la Cigogne"

"Le Rat de ville et le Rat des champs".

Peter Mayle, Une Année en Provence, traduit de l'anglais par Jean Rosenthal.

Guy de Maupassant, Une partie de campagne.

Marcel Pagnol, Cigalon.

Jean-Robert Pitte, Gastronomie Française: Histoire et géographie d'une

passion.

Jacques Prévert, Le déjeuner du matin.

Georges Simenon, Les larmes de bougie.

Michel Tournier, "Tristan Vox" de Le Coq de Bruyère.