Vous vous demanderez sans doute pourquoi un prof. de langues figure dans un dossier sur la gastronomie. La raison en devient un peu plus évidente si je vous dis que je prépare un nouveau cours pour la Rentrée qui a pour titre FRENCH THROUGH FOOD et pour sous-titre, ça va de soi, ALIMENTARY FRENCH, à ne pas confondre avec ELEMENTARY FRENCH, étant donné qu'il est conçu pour des étudiants qui commencent leur troisième année de français et désirent améliorer leurs aptitudes en lecture, écriture, et conversation.
Pourquoi un tel cours? Parce qu'il satisfait immédiatement deux désirs, à la fois personnel et professionnel, le désir incessant de motiver mes étudiants et le désir de cultiver avec eux un thème, de partir d'un tronc sur lequel peuvent être gréffés maints rameaux: notre culture, notre littérature, notre façon de vivre et d'exprimer les choses. Ayant foi en l'aphorisme de Brillat-Savarin <<Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es>>, j'ai bon espoir qu'à la fin du semestre mes étudiants n'auront pas seulement fait des progrès en langue, mais qu'ils auront une meilleure conception de qui sont les Français. C'est une idée qui me travaille depuis assez longtemps, parce qu'ayant déjà créé deux cours à thème: FRENCH THROUGH CURRENT EVENTS (pour lequel France-Amérique me sert de base), et FRENCH FOR THE HOSPITALITY INDUSTRY, j'ai depuis longtemps découvert que dans ce type de cours, l'étudiant s'implique dans le thème choisi et clairement indiqué, en apprécie l'authenticité, devient de plus en plus autonome dans son apprentissage, et finit par accomplir de spectaculaires progrès.
La littérature n'est pas notre spécialité dans le Département des Langues Modernes à Cornell, étant donné qu'elle est enseignée dans un Département différent. Qu'à cela ne tienne, je demeure profondément convaincue que les nouvelles méthodes pédagogiques et les nouveaux livres de textes publiés à la pelle qui mettent l'emphase sur la communication au niveau de la vie quotidienne ont sans doute leurs avantages, mais que de bonnes lectures enrichissent mieux que tout la vraie connaissance de notre langue. Il s'agit donc de trouver pour les étudiants des lectures alléchantes, d'aiguiser leur appétit, de leur donner un bon menu, voire de les laisser choisir à la carte, tout en les laissant sur leur faim!
Il n'existe pas, autant que je sache, d'Anthologie de la Bouffe, telle que je l'entends, ce qui simplifierait énormément ma tâche. Dieu sait pourtant que c'est un sujet dont nous faisons grand cas dans notre culture, et qu'à l'étranger, même ceux qui nous connaissent mal connaissent notre penchant pour la fourchette. J'en donne pour preuve les deux questions inévitables que bien des Américains m'ont posées quand la jeune mariée que j'étais s'est installée ici: 1) Do you come from Paris? (fort irritant pour une Provençale 100%!) et, 2) Do you eat French? Cette dernière question maintes fois répétées avait finalement été le point de départ d'un article dans Redbook Magazine.
Mais revenons à nos gigots de mouton. Il est à craindre que certains étudiants qui n'auraient pas lu attentivement la description de FRENCH THROUGH FOOD s'imagineront assiter à un cours pour sybarites où chaque leçon se termine par la dégustation de quelque délectable mets. Après tout, n'avons-nous pas à Cornell un cours de dégustation des vins? Dans ce cas ils seront déçus car le régal ne sera que mental. Je vous épargne les détails quant à l'inéluctable: quelques recettes et menus, le "vaut le détour" du Michelin, un choix d'articles de journaux, et des dictons dont la liste est longue comme. . . un jour sans pain, trouveront obligatoirement leur place au programme. Mon but réel est cependant d'inciter mes étudiants à LIRE; à lire des textes aussi variés que l'est notre cuisine: simples et complexes, prosaïques et poétiques, sobres et de haut goût. Or, ces textes sont en train de venir à moi de toutes parts, simplement parce qu'ils abondent si on prend le mot gastronomie dans son sens le plus large. Je viens à peine de commencer à accumuler des extraits ( si je vous en parle ici et maintenant c'est que l'éditeur de ce journal me presse), et déjà, alors que je me demandais comment j'organiserai ma collection le moment venu (par ordre alphabétique? par genre? par niveau de difficulté?), une organization semble s'imposer d'elle-même, nul doute à cause de la nature du thème, et des choix que me prescrivent mes buts.
Ne serait-il pas logique, par exemple, de commencer par ce que j'intitulerais L'éducation des enfants, car comme vous le savez, nous donnons le coup d'envoi très tôt en France. A commencer par nos contines, avec Dame Tartine dans son palais de beurre frais, de farine, de crème et de biscuits, et son mari en culotte de nougat et gilet de chocolat, qui donne cette exhortation: <<Donnez, bons parents, du sucre aux enfants!>> (Je n'ai jamais dit que ce serait un cours de diététique!) Et puis il y a ces choux qu'on doit savoir planter; ces petits garçons qui n'aiment que les confitures (La bonne aventure ô gué); ce bon Guillaume qui mange du pâté d'alouette(Bonjour Guillaume), cette noce du cousin Bobosse, entièrement ratée parce que <<les radis étaient trop petits, les haricots étaient trop gros. . . et le fromage en nage>> (J'étais à la noce). J'en passe. De là nous pourrons progresser vers certains contes qui ont marqué l'enfance de tout Français, et parler de cette mère-grand qui attend sa galette et son petit pot de beurre, et puis de loups, d'ogres et autres personnages sans culture qui se régalent de chair fraîche. Quelques fables de La Fontaine viendront à point, car peut-on imaginer ailleurs qu'en France un corbeau et un renard friands de fromage? Des plaideurs convoitant une huître crue? Une cigogne fine cuisinière qui apprête un souper vengeur pour un gourmet de renard qui à l'avance <<se réjouissait à l'odeur de la viande, mise en menus morceaux et qu'il croyait friande>>? Un rat qui sert des ortolans et cela, avec savoir-faire: <<sur un tapis de Turquie, le couvert se trouva mis>>? Est-ce là qu'il faudra aussi placer cet exemple de la voracité insatiable des nourrissons en lisant un peu de Rabelais ? <<Je laisse icy à dire comment à chascun de ses repas. il humoit le laict de quatre mille six cens vaches. . . Certain jour vers le matin, que on le vouloit faire tetter une de ses vaches, il se deffit des liens qui le tenoyent au berceau un des bras, et vous la prent ladicte vache par dessoubz le jarret, et luy mangea les deux tetins et la moytié du ventre, avecques le foye et le roignons.>> (Pantagruel).
Je coupe court à cette énumération, pour parler d'une autre catégorie qui se dessine aussi peu à peu: Rites, rituels, fêtes et coutumes, où figurera inévitablement, un réveillon à faire damner un brave curé:
<<-Deux dindes truffées, Garrigou?
-Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J'en sais quelque
chose puisque c'est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait
craquer en rôtissant, tellement elle était tendue.
-Jésus, Maria! moi qui aime tant les truffes!>> (Alphonse Daudet, Les trois messes basses); figureront aussi des noces champêtres comme celles d'Emma et Charles Bovary. <<C'était sous le hangar de la charetterie que la table était dressée. Il y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille. . . Aux angles se dressait l'eau de vie, dans les carafes.>> Je passe à la catastrophique pièce montée: <<A la base d'abord, c'était un carré de carton figurant un temple avec portique, colonnades et statuettes de stuc tout autour, dans des niches constellées d'étoiles en papier doré; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d'oranges; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confiture et des bateaux en écale de noisettes, on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette de chocolat, dont les deux poteaux étaient terminés par deux boutons de rose naturelle, en guise de boules, au sommet. Jusqu'au soir, on mangea.>> C'est à croire qu'en dépit de tout ce qui a été écrit sur Emma, c'est peut être simplement la comparaison qu'elle a pu faire entre ce repas et celui du châtelain, qui l'a incitée à la débauche! <<Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélange du parfum, des fleurs, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes. . . Les pattes rouges des homards dépassaient les plats. . . les cailles avaient leurs plumes, des fumées montaient. . . On versa du vin de Champagne à la glace. . . >> (Gustave Flaubert, Madame Bovary). Noces encore, beaucoup plus sobres, celles des parents de Pierre Jakez Hélias décrites dans Le cheval d'orgueil: <<Le mariage eut lieu en 1913. Ce fut une noce de pauvres gens. Il en coûta à chacun la somme de cinq francs pour deux jours entiers de ripailles entrecoupées de gavottes, jibidis, et jabadaos. Selon la coutume, le traiteur invita la famille le troisième jour pour manger les restes>>; celles enfin, évoquées par Colette dans Les vrilles de la vigne. <<J'aimais le pain bis chaud sous son velours de farine, l'odeur neuve des blouses bleues ballonnées, les petis bouquets joyeux en choux. . . Entre la soupe et le lapin sauté, entre le lapin sauté et le veau aux girolles, entre le veau aux girolles et le poulet rôti, les enfants pillent les sucriers, s'enivrent doucement; on entr'ouve son corsage, on dénoue les brides du bonnet tuyauté en disant "c'est la chaleur qui me remonte". . . Après la tarte à la citrouille, après le fromage mou, après le gâteau de nougat fracassé et les dragées,-un peu prématurées les dragées,-un silence solennel descendait du fenil sur l'assemblée.>>
Parmi d'autres pratiques rituelles remarquables, il me faut placer les fêtes ducochon telles qu'on les trouve dans Le cheval d'orgueil encore: <<Mais un cochon est nourri pour faire du lard salé. Et la valeur du lard salé dit Yann ar Vinell, dépendautant de la mort du cochon que de sa vie. Il faut tuer le cochon comme on cueille certains fruits: avec mille précautions et une oraison préalable. . . Ainsi commence la fête du cochon. . .[ Ma mère] a mis de côté les meilleurs morceaux de viande douce, les `freskadennou'. Une part sera distribuée aux proches voisins pour qu'ils puissent connaître le goût de l'animal. De leur côté quand il leur arrivera de tuer le cochon chez eux, ils ne manqueront pas de nous en offir un morceau exactement équivalent de celui qu'ils auront reçu de nous. La grandeur des morceaux est à la mesure de la chaleur et de l'amitié.>> Aussi celles évoquées par Angeline Maunier , cette Provençale nonagénaire, à l'autre bout de la France donc, qui évoque sa jeunesse dans un village isolé: <<Tuer le cochon, c'était comme une fête dans la fête. . . C'était une journée fatigante mais appréciée par tous: on se retrouvait, amis et parents! On travaillait mais on rigolait aussi. . . Alors était organisée la journée du cochon. On invitait parents et amis. On mangeait la fricassée; le gamoun, les caillettes, et on se régalait en choeur. On se retrouvait toujours quinze ou vingt à table, et c'étaient de belles journées de plaisir.>> (Souvenirs d'une Pierrefeutine) Bonne occasion, c'est évident, de parler de l'importance de la convivialité, de la vie des villages, des coutumes régionales, des autres langues parlées en France, de faire aussi un peu de géographie et d'aborder la culture avec ces mots de Oyono-Mbia qui a très bien compris en quoi consiste l'acculturation:
<<-Jean-Pierre: J'veux pas manger de camembert!
-Colette: Il faut vouloir le manger, chéri, c'est la culture!>>(Notre fille ne se mariera pas).
Comme rite bien de chez nous, il ne me faut pas oublier le rite citadin du déjeuner à la campagne, et ajouter à mes pages Une partie de campagne de Guy de Maupassant: <<On avait projeté depuis cinq mois d'aller déjeuner aux environs de Paris, le jour de la fête de Madame Dufour, qui s'appelait Pétronille . . . . La voiture s'arrêta, et M. Dufour se mit à lire l'enseigne engageante d'une gargotte: "Restaurant Poulin, matelotes et fritures, cabinets de société, bosquets et balançoires." . . . `Oui, c'est bien, dit [Madame Dufour], et puis il y a de la vue.>> Car sans vue, le déjeuner à la campagne perd sa raison d'être, comme en témoigne aussi ce loufoque et antithétique
cuisinier, Cigalon (Marcel Pagnol) qui ne fait jamais à manger pour ses clients:
<<-Cigalon: Qu'est-ce que vous allez manger?
-Ludovic: Eh bien, c'est à vous de nous le dire!
-Cigalon: Monsieur, je ne suis pas sorcier, mais je puis vous dire une chose: vous
mangerez ce que vous avez apporté .
-Adèle: Et si nous n'avons rien apporté?
-Cigalon: Alors vous ne mangerez rien.
-Adèle: Pas possible!
-Cigalon: Ah! C'est malheureusement certain. (Compatissant) Et vous avez faim?
-Ludovic: Horriblement.
-Cigalon: (Emu de pitié) Vraiement faim? je veux dire une grose envie de
manger?
-Adèle: Si je ne mange pas je vais m'évanouir.
-Cigalon: Ça me fait de la peine. Réellement, ça me fait de la peine mais je n'ai rien
à vous donner. . .
-Ludovic: Pourtant vous tenez bien un restaurant?
-Cigalon: Ah oui. C'est écrit. Regardez: RESTAURANT.
-Ludovic: Et vos clients qu'est-ce que vous leur vendez?
-Cigalon: (il ouvre les bras dans un grand geste et il montre le paysage.) Ça. Je leur
vends ça. Dites-le que c'est pas beau?... Ici ce n'est pas un véritable
restaurant! C'est un paysage! Ici, les clients mangent des yeux!>>
Je n'ai pour le moment que deux exemples de texte dans une autre catégorie qui commence à s'ébaucher: Expériences gustatives qui ont marqué la vie. L'un truculent et succulent autant que l'autre est précieux et délicieux. Voici Catherine Paysan dans Les feux de la chandeleur: <<Il a d'abord rempli nos assiettes d'une soupe bourguignonne au vin et aux haricots rouges si fortement poivrée qu'on devait éternuer dans sa serviette à chaque goulée. Le punch aidant, le feu nous courait dans les oreilles et nous fouettait les reins joliment. Il a fallu faire ensuite bon accueil au plat national de Champenois [leur ami], le sacré Maffé qu'il nous avait promis depuis des décades. C'était beau dans la marmite. Ils étaient même hallucinants, ces morceaux de boeuf noirs, cuits et recuits, englués dans l'huile de palme, posés sur une montagne de riz au carry d'un jaune vif, et le piment qui vous cravachait la gorge. On toussait, on rotait, on mouchait, on était écoeuré et puis ça vous travaillait tellement l'intérieur, à coup d'aromates, à coups de gueule embrasée , qu'on en redemandait. On ne se reconnaissait 7plus. On mangeait avec l'appétit des gars de Cro-Magnon, comme si on l'avait chassé ce boeuf, que dis-je, traqué des heures, la faim au ventre et la fièvre. Come si on s'était battu avec lui, contre lui, sur un beau pied d'égalité haineuse. Et maintenant on l'engloutissait sauvagement, religieusement, le Dieu-Auroch! On faisait provision de graisse, de tonus, pour des semaines, jusqu'à la prochaine battue, toujours problématique, meurtrière, désespérée. On riait, on se léchait les babines, on se frottait l'estomac comme des singes. On avait des hilarités de carnassiers gavés en train de lutiner les côtes d'un pauvre zèbre.>> Et puis voici Proust dans Combray: <<je portai à mes lèvres une cueillerée du thé où j'avais laisé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait ausstôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse: ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir une si puissante joie? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau.>>
Pour ce qui est de la vie de tous les jours, il est facile aussi d'en faire une catégorie à part avec un peu de Peter Mayle en traduction: <<"Chez Michel", c'est le café du village de Cabrières et le siège du club de pétanque. Il n'est pas suffisamment capitonné ni pompeux pour attirer l'attention des inspecteurs du Guide Michelin. Les vieux jouent aux cartes devant l'établissement, les clients du restaurant savourent d'excellents repas dans l'arrière salle. . . Nous commandâmes des omelettes. Elles étaient baveuses, onctueuses et légères, avec une minuscule pépite de truffe noire dans chaque bouchée.>> (Une année en Provence). J'ajouterai sûrement, dans le désordre, quelques extrait d' Une soupe aux herbes sauvages d' Emilie Carles, la Complainte du progrès de Boris Vian, La grasse matinée de Prévert, la première scène de "La Cantatrice Chauve de Ionesco. <<Tiens, il est neuf heures, nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard . . . Les pommes de terre sont très bonnesavec le lard, l'huile de la salade n'était pas rance. L'huile de l'épicier du coin est de bien meilleure qualité que l'huile de l'épicier d'en face.>> Voilà déjà de quoi mettre en appétit.
Pour le rire il faudra lire le Repas Ridicule de Boileau qui mit si bien l'alexandrin au service de la satire gastronomique!
<<. . . On apporte un potage.
Un coq y paraissait en pompeux équipage
Qui changeant sur ce plat et d'état et de nom,
Par tous les conviés s'est appelé chapon.
Deux assiettes suivaient, dont l'une était ornée
D'une langue en ragoût de persil couronnée,
L'autre d'un godiveau tout brûlé par dehors
Dont un beurre gluant inondait tous les bords>>
Lire un peu de Daninos aussi (<<Donne-moi un peu de ton blanc et je te passe mon croupion.>>) et puis absoluement voir le film L'aile ou la cuisse,--car il y aura aussi des films et des videos, et des reproductions d'oeuvres d'art: Manet, Millet, Monet pour ce qui est de la lettre `M'! Mais je me limite ici aux textes.
Et vous vous rendez compte que je n'ai même pas encore abordé le sujet du vin! Important à notre bouffe, biensûr, mais de plus, <<Aucune substance consommable n'a la même complicité que le vin avec la parole. Non seulement il délie les langues, mais il est le seul produit dont la consommation exige un commentaire, puisque savoir le boire revient à savoir en parler.>> (Les mots du vin et de l'ivresse, Martine Chatelain-Courtois). Bon prétexte, donc, pour lire Beaudelaire par exemple!
<<Aujourd'hui l'espace est splendide!
Sans mors, sans éperons, sans bride
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin!>> (Le vin des amants)
Non seulement notre tendance à la bonne chère transparait donc dans toutes sortes de textes, que nous le voulions ou non, mais encore faut-il savoir que maints auteurs sérieux se complaisent à l' étudier, l'analyser, l'expliquer, la disséquer, la décoder, la définir, l'interpréter; à y trouver des symboles, métaphores, allegories. et autres mythologismes, tout comme s'il s'agissait d `une religion dont il est nécessaire de faire l'apologétique. (Catégorie Essais?) Claude Fischler par exemple: <<C'est [la nouvelle cuisine] l'art de retrouver et de mettre en valeur la vérité essentielle des produits. . .le cuisinier est désormais un accoucheur de vérités culinaires, un maïeuticien de la cuisine, dont le travail est de mettre au jour et en valeur l`essence naturelle des mets.>> Et Barthes: <<Manger le bifteck saignant représente donc à la fois une nature et une morale. . . National, il suit la cote des valeurs patriotiques: il les renfloue en temps de guerre, il est la chair même du combattant français, le bien inaliénable qu'il ne peut passer à l'ennemi que par trahison.>> Pas moins! (Mythologies: `le bifteck et les frites') Et Le Clézio à qui le maïs procure une expérience religieuse <<les grains serrés en pyramides, les grains presque ronds, et lisses, luisants, jaunes, réguliers, durs, logés dans leurs alvéoles, je les regarde et je les touche, et soudain j'ai le sentiment d'une présence divine.>> (L'inconnu sur la terre). Bref, c'est mon bilan du moment. La recherche continue, et je sais qu'une catégorie Repas et séduction commence à me faire des clins d'oeil.
Le sujet, comme vous le voyez, est inépuisable, et ce que je propose ici ne constituerait que les amuse gueules d'un abondant et perpétuel festin, aussi abondant et perpétuel que celui, inévitable, qui sert toujours d'apothéose aux aventures d'Astérix: <<Et pour fêter la triomphante arrivée du Tour de Gaule, tous nos amis font un magnifique festin. le premier festin à plusieurs étoiles. Les gaulois mangent les délicieuses victuailles de leur beau pays, et le romain compte les étoiles.>>(Fin du Tour de Gaule d'Astérix) C'était bien mal nous connaître que d'affirmer qu'en France tout se termine par des chansons!
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NOTE:
Vous pourrez trouver quelques sites idoines dans ma page WEB:
<http://instruct1.cit.cornell.edu/~agl1/Hexagone.html>
Et, à propos, je cherche un éditeur pour ma collection!