Montréal
C' était Vendredi après midi et nous étions sur le point de partir pour
notre pays voisin au nord. Jamais je n'avais visité un pays
francophone, et l' idée d' aller à Montréal me semblait extraordinaire.
Les préparatifs étaient déjà faits, il fallait seulement prendre les
autos et commencer le voyage. Nous sommes partis vers seize heures,
chacun avec une expression de joie rarement vue ici à Cornell. Le
groupe était composé de quinze personnes, distribuées selon les
règlements de Cornell -- c'est-à-dire, filles et garçons en proportions
équilibrées. Six heures après, nous sommes arrivés.
L' animateur de radio indiquait, dans son accent Québecquois, qu'il y
aurait quelques célébrations à cause de Halloween au centre-ville.
J'étais tellement heureux de pouvoir comprendre ce qu'il disait que je
riais tout seul. Dès qu' on est arrivé les choses étaient différentes
-- les maisons avaient un air d' orgueil européen, il y avait partout
des petits magasins, chacun avec leur propre spécialité, pareil avec les
restaurants. Pour moi, pouvoir voir les affiches, les signes en
français était déjà suffisant. Pierre m'a dit qu'il ne pensait pas
qu'on puisse s' amuser seulement en écoutant la radio.
A l' Auberge de Jeunesse --pas comme les écuries qu' on trouve à New
York -- une dame nous a dirigés aux endroits les plus vivants. En ce
qui concerne l' amusement des jeunes, j' ai le triste devoir de vous
raconter que c'est comme en France, presque que toute la musique est
d'origine américaine. Je dis triste pas parce que cette musique est
mauvaise, non, au contraire, elle exprime les espérances et les désirs
de toute une génération de jeunes américains. Ce qui est triste c'est
qu'en France on pourrait avoir la musique comme ça authentiquement
française. Le problème n' est pas qu' il n' y a pas de jeunes qui ont
envie de développer leurs propres styles, pas du tout, je connais des
jeunes français qui font le rap en français. Le problème est que cette
forme de musique n' est pas considérée comme une partie des Beaux Arts,
et donc, les facilités monétaires qu' elle devrait avoir n' existent
pas.
Cependant, notre arrêt au Croissant de Lune a passé extraordinairement
vite. Heureusement on ne doit pas être expert en français pour pouvoir
dire, dansons! La conversation soutenue avec une fille après cette
première rencontre etait tout autre chose toutefois. Entre mon oui et
son yes nous pouvions déchiffrer ce que nous voulions dire.
Avec le soleil déjà couché, la ville s' habillait d' un goût sensuel,
quelque chose de difficile à préciser, mais qu' on voyait partout. Je
me suis caché derrière une sélection de vêtements d'un magasin pendant
que les autres passaient -- j' aime la solitude quand il s' agit de
réfléchir. Dans cet éloignement éphémère j' essayais de digérer tout ce
que j' avais vu jusqu' à ce moment. Il va sans dire que l' effort ne
valait pas la peine, une nouvelle distraction était déjà en train de
m'appeler avant de pouvoir commencer à réfléchir --quelqu'un était en
train d'insulter quelqu'un d'autre, je n'ai jamais appris à me battre en
français.
Le matin du jour prochain, je ne m'en souviens pas. Je me suis reveillé
à treize heures. Ainsi j'ai perdu l' opportunité de manger un petit
déjeuner à la mode québecquoise. Mais les carottes n' étaient pas
cuites, c' était le jour du grand dîner. Après quelque temps dans les
magasins et les petits quartiers de la ville nous nous sommes dépêchés
d'aller au restaurant où nous allions manger les mets délicats de la
cuisine française, qui était la vraie raison de notre voyage.
Tous ensemble nous avons mangés trois filets mignons, quatre filets de
poulet à la braise, cinq filets de poisson-chat confectionnés avec un
certain je ne sais quoi que le garçon expliquait comme s' il était
l'artiste lui-même, un plat de macaroni qu' une jeune fille avait eu
l'audace de commander, et, pour le plus courageux de tous, un plat
d'escargots. Et pour boire il ne pouvait pas manquer le vin -- un blanc
et un rouge. À ce moment-là, j'ai fait mon premier faux pas de la
soirée. Le garçon m'a donné le devoir de goûter le vin rouge.
J'essayais de faire la chose la plus française possible, mais je terminais
tout l' effort avec les mots suivants: "ça marche". Pierre, mon ami
français, n' avait pas d'autre chose à faire que sourire doucement. Le
dîner s'est terminé avec un dessert délicieux, millefeuille, et avec mon
deuxième faux pas, pire que le premier. Je me suis levé pour aller aux
toilettes. Après avoir fini je suis sorti et ai rencontré Erin, une
amie, qui m'a donné un regard incrédule. Les deux, en riant, avons
ensuite raconté l'histoire de ma petite aventure aux toilettes des
femmes.
C' était la dernière activité de notre voyage. Il reste à mentionner
une chose d'importance secondaire. Pendant toutes les vacances un
certain Javier, que nous ne connaissions pas, mais que les règlements de
Cornell déjà mentionnés nous conseillaient d'emmener avec nous, s'est
comporté horriblement. Il était le chauffeur de la troisième voiture.
Au première instant j' ai pensé que ce monsieur devait être amical -- un
nom hispanique comme ça, bien sûr! Mais ce monsieur est devenu pour
moi "le chauffeur de deux francs", ou bien "el chofer de dos
centavos", qui veut dire même moins que deux francs.
Enfin, mon voyage à Montréal restera imprimé dans mes meilleurs
souvenirs. Il est vraiment fascinant de voir comment une culture isolée
peut se défendre, et se conserver au milieu d' un continent où la
plupart de la culture est d' origine anglaise. Il faut qu' on y aille
soi-même pour voir la beauté d' un pays pas totalement Gaulois, mais
avec un air indiscutablement français.
Ivan David Rosero