Aimeé Baumann
Malgré que l'assertion de Brillat Savarin <<La destinée des nations
dépend de la manière dont elles se nourissent>> soit une exagération,
l'attitude d'une nation en ce qui concerne la nourriture est, sans doute,
une indication de la personnalité nationale. Ses aphorismes révèlent un
peu l'esprit (et l'humour) des francais, donc, je ne jugerai pas leur
véracité, mais je remarquerai comment ils reflètent le caractère du
gourmand francais, et comment le caractère des américains est très différent.
Comme le démontrent ces aphorismes, pour les francais, se nourrir n'est
pas seulement une nécessité, mais c'est un art, un plaisir, presqu'une
expérience transcendante. Bien que le ton de ce texte ne soit pas très
sérieux, il est évident que, pour les francais, il est important qu'ils
mangent bien. Les animaux simplement se nourissent, mais les <<hommes
d'esprit>> se réjouissent en goûtant des saveurs complexes, exotiques, et
exceptionnelles, et ils rejètent toujours les comestibles de qualité
inférieure. Cela n'est pas vrai aux Etats-Unis. Il me semble que les
américains aiment la quantité plus qu'ils aiment la qualité de leurs
aliments. Les américains mangent des hamburgers géants, des biftecks
énormes, des sandwichs colossaux, des burritos titanesques, des tas de
crêpes démesurées, des omelettes trop cuites et grosses comme un petit
chien-- la nourriture abondante est bonne, quoi qu'il arrive a son goût:
Les francais mangent pour avoir le plaisir du goût; les américains mangent
pour remplir leurs estomacs-- et ils le font trop bien, comme les
multitudes de remèdes pour l'indigestion le prouvent.
Les aphorismes parlent aussi de l'importance du vin, une signification que
les américains qui aiment boire de la bière pas chère ne peuvent pas
comprendre. Mais, il y a une petite mention d'une boisson très importante
pour les américains: le café. Nous sommes devenus une nation d'experts en
café. On doit savoir d'où viennent leurs graines, comment elles ont été
grillées, moulues, et concoctées. Quelqu'un qui veut avoir l'air d'un
homme à la mode doit savoir les termes pour le café express, le cappucino,
les <<lattés>>, les <<mochas>>, et les saveurs et variations sans nombre.
Le café pour les américains est devenu presque comme le thé pour les
anglais ou le vin pour les francais. Donc, je crois que le conseil donné
aux francais au sujet du vin est aussi sage pour les américains qui boivent
du café: ils doivent changer souvent de cafés pour ne pas que la langue
soit saturée avec un seul goût.
Plusieurs aphorismes offrent des conseils concernant les convives. Pour
les francais, il faut qu'on prennedu soin personnel en préparant le
repas pour desinvités. Et, bien sûr, il faut qu'ils aient une étiquette
seyante quand ils ont des visiteurs sous leur toit. Pour les américains,
c'est très different: l'étiquette n'a pas une telle importance, souvent, on
n'a pas de convives chez soi (on les emmène plutôt à un bon restaurant), et
si on a des visites importantes chez soi, il est probable qu'on emploie un
traiteur pour faire le repas.
Quoique les aliments aient partout une grande signification sociale, il y
a certainement beaucoup des différences entre les attitudes francaises
concernant la nourriture et les américaines. Les francais mangent pour
prendre plaisir au goût, les américains mangent pour remplir vite la
bedaine; les francais aiment boire du vin, une boisson relaxante, les
américains aiment boire du café, une boisson stimulante; les francais vont
préparer eux-mêmes les repas de leurs amis; les américains vont engager
quelqu'un pour les préparer. Ces différences toutes ensembles indiquent
probablement une culture américaine plus agitée et plus impersonnelle que
la culture francaise. Mais, parce que les manières dont elles mangent
révélent un peu la personnalité des deux nations, il n'est pas étonnant que
les deux cultures aient l'aphorisme <<Dis-moi ce que tu manges, je te dirai
ce que tu es.>>