Les Etats-Unis ne peuvent pas quitter les Balkans

La situation reste pénible en Bosnie. Après presque trois ans

d'occupation militaire par les forces de l'OTAN, soutenue bien sûr par les

Etats- Unis, pas grand-chose n'a changé dans le pays. Malgré toutes les

bonnes intentions déployées par ces forces, et aussi par les autres

organisations internationales, on ne perçoit pas de résultats concrèts.

Des élections ont été mises sur pied, mais elles furent truquées par les

hommes au pouvoir. Les réfugiés qui essayent de rentrer chez eux, se

retrouvent bloqués par des barrages qui ne les laissent pas libres de le

faire. Les criminels de guerre sont encore libres, et la situation

économique reste très grave. C'est dans ce contexte que les Etats- Unis

parlent d'arrêter leur mission en Bosnie, à la date prévue de juin 1998.

Ce n'est pas suprenant que les alliés européens s'inquiètent un peu. Ils

ont raison. Si les Etats-Unis quittaient la région, il ne resterait que

les forces européenes, qui sont beaucoup moins nombreuses. Ils ont de

multiples raisons pour que les Etats-Unis prolongent leur présence en

Bosnie. Aujourd'hui, ce sont les Etats-Unis qui jouent le rôle de leader

et qui financent une grande partie de cette opération. S'ils partaient,

qui assummerait cette grande responsabilité? Un autre problème se pose:

la France et la Grande Bretagne ont promis de quitter la Bosnie si les

Américains décidaient de rendre leur départ effectif. Si les trois

partaient, qui resterait? Probablement personne.

On n'a pas de réponses à ces questions, et les politiciens hésitent à

prendre une décision. La Maison-Blanche s'est prononcée au Congrès, où ce

débat fait pression sur le président américain. Elle s'est également

exprimée au sujet de Sarajevo pour rassurer les alliés. Tous les

spécialistes des Balkans sont d'accord sur le sujet , si les Américains

partaient en 1998, cela <<serait un désastre pour l'Occident>> . Ils

proposent qu'une des forces reste pour une durée indéfinie, dans une forme

où l'autre. C'est seulement une force étrangère qui peut sauvegarder la

paix et la justice dans le proche avenir de la Bosnie.

Ce qui est intéressant, c'est de voir comment les hommes politiques jouent

le jeu. Par exemple, le président Clinton ne veut pas que le Sénat

américain refuse de ratifier, au printemps, l'élargissement à l'Est de

l'Otan, à cause de la continuation de la crise en Bosnie. Mais en réalité,

on sait qu'on va rester actif dans les Balkans jusqu'à ce qu'il ne reste

plus aucune possibilité d'une reprise de la violence, autrement, tout ce

qu'on a déja fait, n'aurait servi à rien. Ainsi, M. Clinton n'a pas

vraiment le choix. Il faut qu'il reste vague, et qu'il annonce sa décision

le plus tard possible.

Et pour les bosniaques, que faut-il faire pendant ce temps? Tout d'abord,

ils doivent attendre comme tout le monde et voir comment les choses vont se

dérouler. Ils devraient aussi s'habituer aux forces d'occupation parce

que probablement, elles vont rester encore longtemps. En plus, il faut

qu'ils apprennent comment vivre ensemble, comme avant la guerre. C'est ce

qui est le plus difficile, et ça va prendre du temps, peut-être même des

générations. Ce n'était pas la première fois qu'une telle atrocité s'est

passée dans cette région. En fait, les Balkans sont, depuis toujours, une

région compliquée et divisée entre des groupes différents. J'espère que

cette fois, avec une influence étrangère positive, la Bosnie pourra

finalement, réaliser la paix, et que les bosniaques pourront recommencer à

mener une vie normale.

Walter Renfree

6 octobre 97